Les kroniques du dimanche

Il se passe quelque chose

Dans la vallée d’Appet.

Séparés, déchirés, raccrochés mais au final brisés, les mondes insolites s’entrechoquèrent sans bruit créant un grand séisme dans la vallée d’Appet, les sigournes s’enracinèrent, les veltins s’immobilisèrent dans leur transformation rocheuse de granit, le ultibars retrouvèrent le sein aquatique de la mer agitée et les poiromanciers creusèrent des trous dans le sol mouvant, chose aisée puisque facilitée par le séisme qui agitait la terre meuble, parsemée de pierres, de terre, de roche, de vers, de cafards, fourmis, écrasés, giclant, rampants, geignants le tout acclimaté par des pluies incessantes qui avaient pris possession de la masse grise qu’était devenu la Guerre. Squelettes croupissants, balles rouillant, bombes explosant, cimetières délabrant, nappes phréatiques plicploquantes, pétrole flipflopant, magma glougloutant et nez coulant.

Tout ce gentil petit beau monde se retrouve bien sagement dans un univers fermé, stéril et obsolète qu’est la page de papier, ou pire d’ordinateur sur un logiciel qui n’est même pas le leader de sa génération. Rien ne n’empêche pourtant de commencer mes phrases par Rien ne m’empêche pourtant puisque je le fais et emmerde les critiques ou autres lecteurs anonymes et fantomatiques. Arrière fils de satan! Laissez vous emporter par le dracu bop!

Danse au pied des terril, diable maudit de doigts agités et boursouflés sous les coups d’enclume que ton père t’a donné. Danse sur les tisons ardents du crépuscule d’hiver, dans les tonneaux marrons chauds. Chante la messe à l’envers pour faire peur aux passants et dévisage les vieilles qui te dévisageront! Crache sur les enfants qui te cracheront! Méprise les bourgeoises qui te mépriseront, elle n’imaginent pas oh combien tu les méprise plus qu’elle.

Les chats squelettes emporteront ta dépouille dans le cimetière fantôme où les oiseaux errants mangeront tes lambeaux, des pinçons, des fourmis, des mouches et asticots nettoieront ton cadavre sucé, mangé, rogné par les charognes ivres d’ouïr les râles saccadés de ton corps encore chaud, les couic et les couacs des morceaux arrachés dans un tiraillement du à des dents trop lisses, pourries par les poubelles, les emballages plastiques, machonés, triturés.

Ta dépouille sera sale, imbibée de ton sang, moite et puant, giclant comme un steak bleu azur.

Les restes de tes restes seront redistribués aux pauvres dans la rue, aux sdf en fuite, aux immigrés perdus. La soupe populaire sera ta cène à toi, criant voici mon corps, criant voici mon sang. Et les autrepophages se délecteront de ton cerveau, rituel établi dans les iles du pacifique ouest où les tribus barbares, nécrophages à l’occase, viennent sauter dans le sable tout près des cocotiers mais sans toi mon ami, car toi tu seras seul. Insatiable ami, mon lecteur, mon frère. Seul au fond de tes grands trous. Estomac d’un chien, chiure de mouche ou pet de corbeau. Et leurs yeux accablants te regarderont, tu verras pour une éternité de merde l’œil accusateur dans la tombe de tes restes déjectés. Vivant merde, tu mourras merde et le resteras.

Rien ne seras plus comme avant.

Il en avait fini avec le passé pour enfin comprendre que l’avenir s’offrait à lui et bien qu’ayant fait son temps, comme tout le monde, il lui restait quand même quelque chose à dire.

Huis Clos, un proces sous haute surveillance

La Cour,

Messieurs les Jurés

Oh ministres désintégrés,

Madame la proviseure,

Kubrick chéri mon amour,

J’en appelle aujourd’hui au droit de proclamer la sentence que m’incombe, ou me décombe, le statut de rédacteur dans un monde qui ne reconnaît les anciens publicitaires repentis qu’après 3 ans d’amour propre.

Voici donc bien trois ans (et des brouettes) que sévit sur la toile et la région bretonne un collectif aux chapeaux ronds, composé d’une belle bande d’enfoirés qui a l’audace de mettre en avant l’art sous toute ses formes, la culture comme son contraire et les égéries à moustaches des années 1980. Par ”enfoirés” je n’entend par là pas grand chose d’autre que le son harmonieux dudit mot et ne les gratifie pas du statut de dignes héritiers de Michèle Mathy, Torr, Delpeche ou Jonasz, qui font/firent partie d’une autre bande de joyeux drilles chantant à la cause hivernale des remords bourgeois.

Non ! Huis Clos, comme ils aiment à s’appeler, ne dénombre pas encore de personnes de petites tailles parmi ses rangs pour compter sur nous et la seule correspondance qui pourrait exister entre eux et eux, c’est la musique.

Car en plus de diffuser au monde virtuel et irréel de la toile la parole collective de dynamiques artistiques et autres mots en -ique, Huis Clos souligne son caractère par un mélange de genre qui mêle arts graphiques et musique, billets et photo, clips et critiques.

Comme le disait si bien François H, ”j’en entend qui disent” déjà : Bolchéviks ! Haro sur le baudet ! Pierre qui roule n’amasse pas mousse ! Et autres appel à l’échafaud, criant à l’omerta, comme le disait si bien Jean-Marie. Car Bigard a toujours une main mise sur les esprits bas que composent le Stade de France.

Bien loin de tout cela, Mesdames, Messieurs les jurés baveux devant vos ordinateurs diaphanes, j’en appelle à votre sens critique pour aller apprécier comme il se doit les divagations et autres provocations culturelles que Huis Clos garanti Sans-Plomb dépose devant nos chastes oreilles et narines coulantes.

Laissons se répandre un tel collectif dans notre pays et nous verrons à quel point sa dynamique nous entrainera dans une spirale culturelle que la stasie elle même n’accepterait pas.

J’en appelle donc à la Cour de sanctionner Huis Clos en le diffusant aux yeux du monde pour que chacun se rende compte de ce que fait la jeunesse aujourd’hui.

Merci de ne pas applaudir.

Passoire.

http://www.superhuisclos.fr/

Le Maitre des sons du metro

« Biiiiiiiiiiiiiiip ! »  ??

« Aaaaaaaaaahhhh… Uuuuuuuuuh ! » ??!!!

« Pereire » !!!

« Pereire » !!!!!!!!!

Il était entré en parlant fort dans la rame et aurait pu faire un numéro pour amuser sa fille ou ses amis car à chaque instant le bonhomme reproduisait les sons du métro. Mais il était tout seul à précéder la voix des stations, le bip de fermeture des portes, les messages de préventions concernant les marches ou l’ouverture des portes et même le sifflement du wagon sur les rails rouillés.

« Attention à la marche !»

« A cette station, descente à gauche !»

Le tout répété deux ou trois fois avant chaque station pour trouver la bonne tonalité. Et chaque fois il se plantait de note quand le métro reprenait ses paroles de concert.

Sans lui le métro n’aurait rien dit.

C’était seulement parce qu’il soufflait les bonnes phrases que la voix indiquait aux voyageurs les consignes d’usage et de sécurité !

La preuve, quand il n’était plus dans le métro, il ne l’entendait plus la voix ! Elle restait muette la voix !

Jamais, non jamais il n’aurait soufflé une mauvaise station à la rame sinon les autres gens auraient été perdus… Comment feraient-ils sans lui d’ailleurs?!

Il était le gardien du bon déroulement des trajets des gens. Les gens ils étaient drôles parce qu’ils riaient souvent. Les gens ils étaient heureux et même joyeux de l’entendre la voix du métro qui répétait bêtement tout ce qu’il disait ! Elle était un peu niaise la voix de tout répéter comme ça, mais il fallait pas lui dire sinon elle aurait pu se vexer et ne plus jamais répéter ce qu’il disait. Il aurait donc été obligé de rester en permanence dans le métro avec un haut-parleur pour annoncer aux gens ce qu’il en était de leur trajet. Mais c’était déjà bien assez fatiguant comme ça, donc pas besoin de se rajouter du travail. Autant rester en bonne entente avec la voix.

En y réfléchissant bien il était même LE maitre des sons puisque TOUS les bruits sonnaient quand il le décidait.

Le souffle du vent sur le métro, le froissement du journal, le claquement des portes…

Tout ça grâce à lui.

Et ça rendait les gens heureux.

Qu’auraient-ils fait sans lui hein ?

Le thé Indien d’Amsterdam

Nous mangions sur une table un peu comme celle-ci. C’était Chez Tom, un bar qui ne vend du thé que dans le nord du Pas-de-Calais. Là-bas on l’appelle le thé indien, c’était tout simplement pas du Le Nôtre. Un mélange un peu space, venu directement des Indes.

La musique m’entourait de toutes parts, j’étais allongé face vers le plafond, la tête dans les photons. La pièce respirait au même rythme que mes battements cardiaques. Des images venaient à moi sans prévenir, la sensation d’être assaillis par des scandales visuels se précisait chaque instant, nus intégraux, bulles d’asphaltes, transitions ectoplasmiques… Le temps s’étirait comme un long fil d’or qui s’allonge sous la chaleur des flammes d’Héphaïstos devant son enclume. J’étais le feu du Dragon jaillissant de sa gorge. Je remontais sa trachée, apercevant les vaguelettes de sa colonnes vertébrale parcourant toute la longueur de sa gorge déployée pour laisser sortir sa rage intérieure. Son feu salvateur qui le ronge de l’intérieur. Arrivé au niveau de sa bouche, ses dents sur les côtés m’arrachèrent à mon enveloppe inflammable. A travers sa mâchoire, je sortais de sa gueule sous la forme d’un dragon s’extirpant des flammes de son propre corps. Plus qu’un phénix, chaque flamme devenait elle même dragon comme une mise en abyme infinie. Doubitchou à côté de moi était un cyborg dont je voyais les mécanismes intérieurs grâce à ma vision aux rayons X. Tel un buste statue, elle faisait une rotation sur elle même alors que des fils de néons jaunes, bleus, violets, parcouraient son visage à mesure que son buste tournait. Derrière la fenêtre un arbre jaune fluorescent déblatérait des maximes impérieuses sur la vie, la mort, les sens et le prix du gaz dans un dialecte purement végétal. Bien que je ne saisissait qu’un mot sur cinq, ce spécimen chlorophyllien semblait plutôt intéressant par sa capacité d’éclairage fluorescent. En un mot il était éclairaissant. À tel point qu’il me fit prendre conscience que je ne vivrais ma vie qu’en caméra subjective. Quel désespoir soudain m’assaillait, pénétrant mon cœur comme la flèche de Pâris vint au talon d’Achille.

Ma vie était finie, il ne me restait plus qu’un bébé hippopotame fautif dans les bras, symbole de ma jeunesse perdue, des plaisirs enfantins et des rêves éveillés.

Pourtant une dernière question existentielle et humaniste comme le disait Sartre, me hantait : Les âmes sœurs fabriquent-ils des hameçons?

Johnny, un nom qui ne laisse personne indifférent !
Qu’on l’adore ou qu’on le déteste chacun à son avis sur les centaines de chansons qu’il nous dispense depuis presque 50 ans.
Mais qui connait aussi bien sa facette d’acteur?
Dans ce petit reportage vous découvrirez Johnny sous un autre jour !

Sans cocktails, ni cigares, ni pornos.

Il y a 25 ans, ou peut être un peu moins, c’est une soirée avec Catherine Ringer.
Elle est habillée comme un sac, ce qui à première vue la place au dessus ou peut être en dessous du panier. Lady Baba de la rockitude.
Le MC nous accueille, queue de pie à carreaux et t-shirt à connotation sexuelle, en nous demandant de cracher directement au bassinet. Mais à peine arrivés nous avons un cigare dans une main, un cocktail dans l’autre. Au plafond, rien n’est encore moins sur mais ça ne saurait tarder…
C’est donc à cette soirée représentative de la dépravation parisienne, où faux-maquereaux en costumes 2 pièces ½ et fausse escort girls en tenue de soirée, se côtoient autour d’un barreau de chaise, d’un cocktail et d’une ptite saucisse que je me retrouve encore une fois face to face avec mon destin.
Sur chaque pans de murs Batman se fait mettre par le Joker qui suce la bite à Robin qui bukake Poison Ivy avec Bane, Mr Freeze, Enigma et le Pinguin. Un florilège de big heroes.
Certains sont fascinés, d’autres pantois. D’autres encore font comme si de rien n’était, car évidemment rien de tout cela ne sort d’ici, n’en parlez à personne. Chaque œil levé au mur se prends une grosse bite, ça en fait des coquards.
Cocktails et barreaux de chaises circulent comme neige sur la mer et je croise à l’emporte pièce des québécois, des pimp bling-bling, des ménagères et même des pommes de terres.
Les lumières s’éteignent et se rallument, quelques mains aux culs se perdent ici ou là, désolé mademoiselle je cherchais l’interrupteur.
On me défie soudain de dézipper une robe fort peu attachée qui semble s’être détachée d’une doublure de fauteuil Voltaire. Charmante au demeurant. (J’aime beaucoup ce mot « Au demeurant »).
Mais connaissant la susdite robe je me ravise et c’est contre un mur blanc, fort confortable au demeurant, que je me retourne et dézippe de face to face la robe de Catherine Ringer.
Car c’était elle qui m’avait défié!
Comme elle ne pipe mot, ni ne bronche à ma folle tentative, Marcia et mon sang se retournent dans leur tombe et je me retrouve soudain bien trop près du mur blanc, fort tendre au demeurant, qui m’accueille dans ses papiers peints de psyché tête baissée. Boum! Pas-chassé qui m’a chassé, c’est à n’y rien comprendre.
De ce qu’il advint après je n’en ai pas la moindre idée, sauf qu’on me parla encore une fois d’Orgueil, de chevreuil et de cercueil. Je ne revis Catherine Ringer que s’en allant sur la planchette qui lui servait de rue pour détaler au loin sans avoir rien fait de plus ou de moins avec moi que se barrer. De toute façon, depuis que Fred est mort, sa musique est pourrie mais la soirée n’en fut pas moins gâchée vu l’état de notre alcoolémie.

Carnet de route d’un terrien ailleurs.

J’aurais dû lâcher cette rame.
Mais je ne l’ai pas fait.
Je savais qu’il fallait le faire
Et cette voix intérieure me le disait.
Pourtant je n’ai pas bougé.
Confronté à tous ces esprits emplis de lassitude, fantômes décomposés d’habitude déguisés.
La tension monte.
Leur mal-être envahit tout l’espace clos par ces fermetures hermétiques incapables de compassion envers le prisonnier assaillit par la gangrène virulente des ectoplasmes diaphanes.
Tout leur malheur se rut sur moi comme une armée démoralisante de vampires avides de semblables. Je lutte contre leurs désirs d’âme neuve, leur désir de vengeance qui les ruine, comme une drogue agit sur le cerveau d’un junky prêt à tout pour soulager son envie. Ma seule et unique arme est mon sourire. Il est trop tard pour se fondre dans la masse informe qu’ils composent. Je suis repéré depuis un moment, les regards creux, mais aussi apeurés se tournent de plus en plus de mon côté.
Leurs yeux aussi vides que des univers sans vie me jettent ce regard glacial du non-être galactique. Cette sensation de froid irise l’atmosphère de fragrances sans envies.
Je tombe peu à peu dans cette torpeur hibernatique qui caractérise ces êtres dégradés.
Tout n’est que lenteur et accablement.
Accablés par leur TRAVAIL,
Accablés par leurs QUESTIONS,
Accablés par leur vie,
Accablés par EUX MEME.
Tandis que leurs visages blafards irradient tout l’espace mon fluide corporel,
mon âme,
ma vie s’enfuit de ce corps qui n’est déjà plus moi.
Ces quelques minutes me paraissent des heures.
Le temps s’étire comme une dimension approximative que seuls ces non-êtres peuvent diriger.
Soudain la tentation de m’abandonner à leur inspiration arrive dans mon esprit.
Mais au moment d’abandon le plus intense, celui où dans un état presque extatique je commence à leur ressembler, le moment où j’atteins l’extase du non-être qui n’a pour seul but que de rentrer vite chez soi,
A CE MOMENT PRECIS,
les portes hermétiques s’ouvrent sur un nouvel univers empli de mes successeurs, passivement entassés sur une plaque bétonneuse.
Ceux-là n’ont qu’un but :
Entrer le plus vite possible et surtout avant les autres.
Il s’agit d’une lutte déjà perdue d’un esprit solitaire contre la masse informe, elle-même composée d’une multitude d’esprits dont le seul but est le même que chacun séparément.
Moi, je me lève dans un mouvement désespéré et me jette littéralement au dessus de la foule engloutie par les portes hermétiques. Au passage je fauche du pied un nez, une oreille, une tête. Son propriétaire se retrouve écrasé sous les paires de pieds surmontés de corps d’environs 70 kg, soit un total de 2700 kg, plus de DEUX TONNES.

Le malheureux étouffé pousse des petits cris stridents composés essentiellement d’ultra sons. Un chien aboie,
Un mulot couine,
Une chauve-souris se prend un mur.
Coincé par les portes hermétiques qui se referment sur sa nuque, elles sectionnent dans un claquement sec ce segment membraneux d’os et de chair.
Celui-ci n’aura pas le malheur d’être happé dans la dimension intemporelle des non-êtres.
Cette dictature de la lenteur, cynisme désabusé du paresseux harponné en plein sommeil.
La boule chevelue roule sous les regards impavides des pauvres anxiolites valiumisés par les mantras incessants scandés à longueur de journées par des hauts parleurs impersonnels: “L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, dingdaingdong, Nouveau! Le cockail molotov whisky-rhum-vodka! Enflammez vos soirées! Dingdaingdong, pratiquez une activité physique quotidienne, dingdaingdong, coca cola again’n’again, dingdaingdong, heu-reu-se-ment ilya faimdus, faimdus! dingdain…”
Rien ne les choque.
Ils ont déjà tout vu. A l’age de 18 ans ces êtres, futurs non-êtres, ont déjà vécus 95% de leur expérience. Il ne leur reste plus que la mort. Et encore parait-il que des laboratoires secrets travaillent sur des voyages dans l’au-delà pour les plus riches. Après la découverte de l’espace, la découverte de la mort.
Tout voir pour tout survivre.
Alors qu’un troufion au balais arrive grommelant et revêtu de son uniforme composé d’un bustier en cuir rouge pailleté, d’un pantalon ouvert sur la vie, en vrai faux croco vert pomme, de chausson surmontés d’un petit pompon (on dit que ça porte chance) le tout coiffé d’un calot en arc en ciel, j’entame ma remontée vers l’air libre, l’espace infini du ciel et de l’horizon, la LIBERTE. (Mais contrôlée).

Histoire du Vieux

Alors ce vieux, ce gros, ce laid, ce rescapé de 39-40, ce collabo, qu’est-ce qu’il faisait?
Cette raclure de pomme de terre,ce minable lamélisé, ce trou du cul, ce sac à vinasse, cet espèce de néo-anarco-socialiste converti à la piquerette en brique à 95c d’aires d’autoroutes.
Et bien ce vieux avec sa fourche achetée chez Bricomachin, sa fourche en métal, souvenir d’un temps où il fricotait avec la Jauraistapo, cette fourche, ce symbole de tous les massacres perpétués depuis la création du monde par un déicide bissextile, ce vieux et fourche marchaient dans la rue.
La rue toute pleine d’autres vieux comme lui, raclures de vieux gruyère, de vieux esprits endoctrinés tout persuadés de leur supériorité.
Cette rue des plus miteuses, pollueuse, visqueuse, toute cracheuse de poubelles débordantes et vomissantes de leurs entrailles de consommation, reconsommées, reprémachées, reprédigérées, rebalancées dans la rue.
Dans cette rue.
Cette rue où le vieux passe.
Le vieux avec sa fourche.
Mais où va-t-il ?
Eh bien ce vieux avec sa fourche dans cette rue à côté des poubelles il va retrouver son taudis.
Cette espèce de motte de terre surmontée de trois poils d’herbe et qu’il appelle “jardin”.
“Mon Jardin”.
Avec ce timbre de fierté qu’on retrouve dans sa voix quand il parle à “l’amical des séniors rescapés de guerre” tous les samedis et dimanches après-midi.
Il en est fier de ce tout petit bout de terre, minuscule même, bout de terre puant les déjections canines, bovines, ovines, poulines, enfin bref, toute cette Terre merdique se retrouve sous cette illustre propriété.
Mais “Son Jardin” qu’est ce que c’est au final à part un lopin de crotte de lapin?
Arrive t’il à vivre en autarcie avec la production de “Son Jardin”? Non!
Alors est-ce pour se distraire pendant la semaine? Non, il travaillait!
Peut-être a-t-il besoin de la Terre pour survivre?
Mais qui a besoin de la Terre pour survivre…
Non!
Ce centimètre carré de terre ce n’est que SA possession, SA fierté, SA raison de vivre face aux autres, SA subsistance à la vie.
Car ce vieux tout rabougri avec sa fourche dans la rue pleine de poubelles qui passe pour aller à Son Jardin adossé à l’autoroute, cette autoroute où les voitures défilent jours et nuits, sans arrêt, sans changement, toujours les mêmes, Oui cette autoroute, Oui ce vieux!
Eh bien il va mourir.
Non pas comme un vieux ordinaire tout rabougri, non.
Car ce vieux va mourir à cause de ce qu’il a de plus cher.
Presque POUR ce qu’il a de plus cher au monde.
“Mon Jardin”.
“Il est beau hein?” [tout fier]
“Oui, oui j’ai tout cultivé Moi-même!” [grosse tête]
“Même la cabane, oui” [chevilles qui enflent]
“Et vous avez vu la clôture? Elle est belle hein?” [recherche de compliments]
“si, si, c’est moi qui l’ai faite aussi!” [Très grosse tête]
“et les légumes, regardez-moi ces légumes comme ils sont…” [proche de l’explosion]
quand tout à coup:
CRIIIIIIII!!! PAN! SCRATCH!!! FRRRRR!!! OOOhhhh!!! Regardez!vousavezvu?ausecour!

Tout à fond, la baston c’est tout à fond !

Bon écoute, je te tire le baratin:
Voilà, tu descends du bar, tu commandes trois bières.
Non attends, deux bières et un picon.
Tranquillement, tu sors la monnaie, tu payes.
Les trois bières; enfin les deux bières et le picon, tout ça sera servit dans un verre en plastique.
Je sais, c’est dégueu mais c’est comme ça.
Donc tu ramènes ces trois verres sans en renverser, sans bousculer personne.
Tu pourras le faire? C’est dans tes cordes? OK.
Ensuite, attends c’est pas fini, on va se boire pépère ce que t’auras ramené; en espérant que ce soit bien ce qu’on aura commandé.
Tout ce petit manège, tu le referas une ou deux fois, pigé?
Enfin, sans le picon pour les autres fois, tu ramèneras trois bières directement.
L’important c’est de se mettre bien avant “Le Rush”.
Donc jusque là, pas de mots plus hauts que les autres, pas de “tu m’cherches-tu m’trouves”, pas de “je-te-tire-par-la-barbichette”, pas de “vas-y-que-je-balance-mon-verre”, et toutes ces marques de joie débridée qui font la chaleur des soirées aiguisées.
À 00h17, la fête va débuter.
Avant cette heure fatidique, on se sera dégoté trois poules, trois gallinettes, trois ptisas, trois nanas, enfin trois filles quoi.
Belle ou moche, peu importe.
D’ailleurs ça peut être l’occasion de réaliser un fantasme ou une lubie, si t’as envie d’une cochonne ou d’un plan quintal, c’est le moment, vas-y!
C’est ce soir ou jamais!
De toute façon ça sert à rien d’en choper des trop mignonnes, soyons fair-play que diantre!
00h17, c’est l’heure où tout va basculer.
En moins de trois minutes, le bar doit se retrouver dans un tourbillon d’alcool, de violence et de débauche sans que personne y pige que dalle.
Compris?
Les tables bloqueront l’entrée, pendant que les chaises serviront de matraques.
Ensuite, l’idée c’est de tout dévaster jusqu’au dernier coussin à éventrer.
T’as bien compris? Tu te sens près pour le faire? OK,
C’est parti!

Histoire du grand Blond

La porte se referme brusquement derrière moi et me voilà seul, immobile, désemparé, face à un être presque surnaturel tant son souvenir est diffus dans toutes les mémoires, tant son nom est évocateur de mythes plus ou moins francs.
Je veux bien sûr parler d’un grand blond avec une tête de con!!!
Cet homme, en décalage avec l’évolution de l’espèce humaine est là, devant moi, et bien sûr, je n’ose rien pour lui. Lui qui descend directement du singe et du singe qui descend de l’arbre, celui-là, oui, lui-même qui conserve ce rictus facial consistant à remonter les pommettes des joues, étirer la bouche en longueur et montrer les dents.
Lui-même, qui d’un regard vide me toise! De haut en bas, puis de bas en haut, puis de droite à gauche, le con, avec sa grosse…
chaîne en acier autour du coup. Ce blond, avec son eau de toilette Boss d’Hugo Boss (All Rights Reserved) est donc planté, là, devant moi. Ses bras ne vont pas jusqu’à terre mais presque.
A mon tour je le toise: 1m95.
J’en fais 10 de moins…
Le combat s’annonce rude.
Les yeux bleus, le teint frais, le menton volontaire et le front désigné d’office.
Tout bronzé qu’il est je sens des heures d’acapuera couler dans chaque muscle de son corps.
Un combat visuel s’instaure.
Nous fixons mutuellement l’entre œil de l’autre pour bien donner l’impression qu’on se regarde dans les deux yeux. (Ce qui est physiquement impossible à plus de 5 cm). Tandis qu’il me regarde, le bougre, ou le con c’est pareil, je sens monter la pression qui s’installe autour de nos quatre globes oculaires. Des gouttes de sueur perlent de nos fronts et s’égouttent peu à peu sur le sol tremblant des vibrations de nos auras. Le baromètre pressiométrique indique un degré d’intensité proche de l’insoutenable. Les pascals montent à une allure ahurissante. L’autre exécute alors un geste du bras droit qu’il remonte tout doucement vers son front pour éponger une goutte de sueur venue se loger dans un coin de son sourcil. C’est alors que je remarque au passage de son poignet une gourmette indiquant le nom de mon adversaire:
Pascal! (Le grand frère)
J’imagine un instant que son adresse doit figurer sur la gourmette de son poignet gauche mais ces pensées manque de me faire oublier le combat se déroulant sous nos yeux.
Une dernière larme, seule vestige d’humidité subsistant au dessèchement lacrymal, poind à mon œil droit. Le con se croit vainqueur, il ferme les yeux.
Toute ma joie déborde alors de mon corps qui se relâche d’un coup. Pourtant je conserve mon visage stoïque face au sourire figé de l’autre primate. Seul un léger rictus de la partie gauche de ma lèvre supérieure laisse deviner mon enthousiasme.
Cela suffit alors au grand con pour comprendre sa défaite et en un instant son sourire de mes deux disparaît, laissant place à une figure de désespoir que même les tragédiens grecques antiques n’avaient pas osé représenter sur leurs masques théâtraux.
Le grand blond avec une tête de con voit alors toute sa vie défiler devant ses yeux secs. Enfance, adolescence, entrée dans la connerie humaine dès l’age de 14 ans, confirmation de foi en la connerie humaine à 18 ans et enfin accession au stade irrécupérable de la connerie humaine à 20 ans. (“Quand on est con, on est con!”)
Je prends alors pleinement conscience des conséquences de ma victoire sur l’énergumène:
Il s’agit d’une projection extérieure d’un contre-fantasme symbolique inérant à la création.
En gros, j’aime pas les cons. Et surtout les blonds.
Finalement, pour marquer ma supériorité flagrante sur lui, plutôt que de se retourner et baisser son pantalon tel un primaire canidé, le grand con s’abaisse à me demander:
“Pardon”.
Et passe la porte la queue entre les jambes.
“Victoire mes amis!” cris-je à l’assistance éberluée.