Il se passe quelque chose
Dans la vallée d’Appet.
Séparés, déchirés, raccrochés mais au final brisés, les mondes insolites s’entrechoquèrent sans bruit créant un grand séisme dans la vallée d’Appet, les sigournes s’enracinèrent, les veltins s’immobilisèrent dans leur transformation rocheuse de granit, le ultibars retrouvèrent le sein aquatique de la mer agitée et les poiromanciers creusèrent des trous dans le sol mouvant, chose aisée puisque facilitée par le séisme qui agitait la terre meuble, parsemée de pierres, de terre, de roche, de vers, de cafards, fourmis, écrasés, giclant, rampants, geignants le tout acclimaté par des pluies incessantes qui avaient pris possession de la masse grise qu’était devenu la Guerre. Squelettes croupissants, balles rouillant, bombes explosant, cimetières délabrant, nappes phréatiques plicploquantes, pétrole flipflopant, magma glougloutant et nez coulant.
Tout ce gentil petit beau monde se retrouve bien sagement dans un univers fermé, stéril et obsolète qu’est la page de papier, ou pire d’ordinateur sur un logiciel qui n’est même pas le leader de sa génération. Rien ne n’empêche pourtant de commencer mes phrases par Rien ne m’empêche pourtant puisque je le fais et emmerde les critiques ou autres lecteurs anonymes et fantomatiques. Arrière fils de satan! Laissez vous emporter par le dracu bop!
Danse au pied des terril, diable maudit de doigts agités et boursouflés sous les coups d’enclume que ton père t’a donné. Danse sur les tisons ardents du crépuscule d’hiver, dans les tonneaux marrons chauds. Chante la messe à l’envers pour faire peur aux passants et dévisage les vieilles qui te dévisageront! Crache sur les enfants qui te cracheront! Méprise les bourgeoises qui te mépriseront, elle n’imaginent pas oh combien tu les méprise plus qu’elle.
Les chats squelettes emporteront ta dépouille dans le cimetière fantôme où les oiseaux errants mangeront tes lambeaux, des pinçons, des fourmis, des mouches et asticots nettoieront ton cadavre sucé, mangé, rogné par les charognes ivres d’ouïr les râles saccadés de ton corps encore chaud, les couic et les couacs des morceaux arrachés dans un tiraillement du à des dents trop lisses, pourries par les poubelles, les emballages plastiques, machonés, triturés.
Ta dépouille sera sale, imbibée de ton sang, moite et puant, giclant comme un steak bleu azur.
Les restes de tes restes seront redistribués aux pauvres dans la rue, aux sdf en fuite, aux immigrés perdus. La soupe populaire sera ta cène à toi, criant voici mon corps, criant voici mon sang. Et les autrepophages se délecteront de ton cerveau, rituel établi dans les iles du pacifique ouest où les tribus barbares, nécrophages à l’occase, viennent sauter dans le sable tout près des cocotiers mais sans toi mon ami, car toi tu seras seul. Insatiable ami, mon lecteur, mon frère. Seul au fond de tes grands trous. Estomac d’un chien, chiure de mouche ou pet de corbeau. Et leurs yeux accablants te regarderont, tu verras pour une éternité de merde l’œil accusateur dans la tombe de tes restes déjectés. Vivant merde, tu mourras merde et le resteras.
Rien ne seras plus comme avant.
Il en avait fini avec le passé pour enfin comprendre que l’avenir s’offrait à lui et bien qu’ayant fait son temps, comme tout le monde, il lui restait quand même quelque chose à dire.